Nous avons longtemps appris à consulter lorsque quelque chose n’allait plus.
Une douleur qui persiste. Une fatigue devenue impossible à ignorer. Des règles soudainement plus abondantes. Un sommeil qui se dégrade. Une prise de poids inexpliquée. Des symptômes de périménopause qui commencent à perturber le quotidien.
Pourtant, une grande partie de notre santé se construit bien avant l’apparition d’une maladie.
La prévention consiste justement à regarder sa santé en amont : comprendre ses facteurs de risque, suivre certains indicateurs, respecter les dépistages recommandés et identifier les changements qui méritent une attention particulière.
Pour les femmes, cette approche doit aussi tenir compte d’une réalité essentielle : le corps évolue à travers différentes étapes de vie, de la puberté à la ménopause.
La prévention ne se résume pas au dépistage
Les mots « prévention » et « dépistage » sont souvent utilisés comme s’ils signifiaient la même chose. Ils sont pourtant différents.
Le dépistage recherche une maladie ou une anomalie avant l’apparition de symptômes. C’est notamment le cas des programmes organisés de dépistage des cancers du sein, du col de l’utérus et colorectal.
La prévention est plus large. Elle comprend également :
- la connaissance de ses antécédents personnels et familiaux ;
- le suivi de certains indicateurs de santé ;
- la vaccination ;
- l’activité physique et l’alimentation ;
- la santé mentale et le sommeil ;
- l’identification précoce de symptômes inhabituels ;
- l’adaptation du suivi aux différentes étapes de la vie.
Elle ne cherche donc pas uniquement à savoir si une maladie est présente. Elle aide à comprendre ce qui peut augmenter ou réduire un risque, et ce sur quoi il est encore possible d’agir.
Pourquoi la prévention doit-elle être pensée spécifiquement pour les femmes ?
Les femmes ne traversent pas leur vie avec un environnement hormonal constant.
Le cycle menstruel, une éventuelle grossesse, le post-partum, la périménopause puis la ménopause peuvent influencer les symptômes ressentis et certains paramètres de santé. Ces transitions n’ont pas les mêmes conséquences pour toutes, mais elles méritent d’être intégrées au suivi médical.
Les règles, par exemple, apportent des informations utiles. Des saignements très abondants peuvent favoriser une carence en fer. Un cycle qui change peut refléter une transition hormonale, mais aussi nécessiter une consultation selon l’âge et les symptômes associés.
La grossesse peut également révéler certains risques. Un antécédent de diabète gestationnel, d’hypertension gravidique ou de prééclampsie mérite d’être signalé au cours du suivi de santé ultérieur.
À l’approche de la ménopause, de nouvelles questions apparaissent. Le sommeil, la santé cardiovasculaire, la masse musculaire et la santé osseuse prennent une place croissante. L’Assurance Maladie rappelle notamment que le risque cardiovasculaire et le risque d’ostéoporose augmentent après la ménopause.
Une prévention pertinente doit donc évoluer avec la femme, plutôt que de lui proposer le même bilan à chaque âge.
Écouter ce qui change dans son corps
Un symptôme fréquent n’est pas nécessairement un symptôme normal ou anodin.
Fatigue persistante, douleurs menstruelles importantes, règles très abondantes, troubles digestifs récurrents, baisse marquée de l’énergie, insomnies, palpitations ou brouillard mental peuvent avoir de nombreuses explications.
Il ne s’agit pas d’attribuer automatiquement chaque symptôme aux hormones. Il s’agit de le replacer dans un ensemble : depuis quand est-il présent ? À quel moment du cycle apparaît-il ? S’est-il intensifié ? A-t-il un impact sur le quotidien ? Existe-t-il d’autres signes associés ?
Suivre ses symptômes et leurs évolutions permet d’apporter des informations plus précises lors d’une consultation. Cela aide aussi à distinguer une variation ponctuelle d’un changement durable qui mérite d’être exploré.
Connaître les indicateurs qui racontent votre santé
La prévention ne signifie pas multiplier les analyses sans objectif. Un examen est utile lorsqu’il répond à une question et que son résultat peut conduire à une action adaptée.
Selon l’âge, les symptômes, les traitements et les antécédents, un professionnel de santé peut notamment s’intéresser à :
- la tension artérielle ;
- la glycémie et son évolution ;
- le bilan lipidique, dont le cholestérol ;
- le statut en fer en cas de fatigue ou de règles abondantes ;
- certains nutriments selon l’alimentation et le contexte ;
- la fonction thyroïdienne en présence de signes évocateurs ;
- la santé rénale et hépatique lorsque cela est pertinent.
Un chiffre isolé raconte rarement toute l’histoire. Il doit être interprété avec votre âge, vos symptômes, votre cycle, vos antécédents, vos traitements et votre mode de vie.
Deux femmes présentant le même résultat biologique peuvent donc avoir besoin d’une interprétation ou d’un suivi différents.
Ne pas oublier la santé cardiovasculaire
La santé des femmes est encore trop souvent réduite à la gynécologie et à la reproduction.
Pourtant, la tension artérielle, le cholestérol, la glycémie, le tabac, le sommeil, l’activité physique et les antécédents familiaux font pleinement partie de la prévention féminine.
Après la ménopause, les évolutions hormonales peuvent influencer plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire. C’est une période utile pour réévaluer sa tension, son bilan métabolique, son activité physique et ses habitudes de vie.
La prévention cardiovasculaire commence cependant bien avant la ménopause. Connaître ses chiffres essentiels et leur évolution permet de repérer plus tôt une trajectoire défavorable.
Préserver ses muscles et ses os
Le muscle ne sert pas uniquement à modifier la silhouette. Il contribue à l’équilibre métabolique, à la mobilité et au maintien de l’autonomie.
La priorité est de pratiquer du renforcement musculaire deux à trois fois par semaine : squats, fentes, exercices avec des poids, des machines ou des élastiques. La difficulté doit évoluer progressivement selon les capacités de chacune.
Une activité cardiovasculaire complète cette base : marche rapide, vélo, natation ou danse, par exemple. L’Organisation mondiale de la Santé recommande au moins 150 minutes d’activité physique modérée par semaine ainsi que du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine.
L’activité physique contribue également à préserver la santé osseuse. Cet enjeu devient particulièrement important autour et après la ménopause, lorsque la perte osseuse peut s’accélérer.
Construire une alimentation qui soutient la santé
Aucun aliment ni complément ne peut, à lui seul, « optimiser » la santé.
Ce qui compte est la structure générale de l’alimentation : davantage de légumes, de fruits, de légumineuses, de céréales complètes, de noix et de bonnes sources de matières grasses comme l’huile d’olive.
Une source de protéines à chaque repas aide également à soutenir la masse musculaire. Environ 30 g de protéines par repas peuvent constituer un repère pratique pour certaines femmes, à adapter selon le poids, l’activité physique, l’âge et l’état de santé.
Les besoins peuvent aussi évoluer. Des règles abondantes peuvent augmenter le risque de manque de fer. Une alimentation végétale demande une attention particulière à certains nutriments, comme la vitamine B12. Une supplémentation ne devrait cependant pas être prise automatiquement : elle doit répondre à un besoin identifié.
Respecter les dépistages recommandés
En France, plusieurs dépistages sont organisés selon l’âge et le niveau de risque.
Le dépistage du cancer du col de l’utérus est recommandé entre 25 et 65 ans. Entre 25 et 29 ans, il repose sur l’examen cytologique. Entre 30 et 65 ans, le test HPV à haut risque devient l’examen de référence, selon le calendrier recommandé.
Le dépistage organisé du cancer du sein concerne les femmes de 50 à 74 ans à risque moyen, avec une mammographie proposée tous les deux ans.
Le dépistage du cancer colorectal est recommandé tous les deux ans entre 50 et 74 ans pour les femmes et les hommes sans symptôme ni facteur de risque particulier.
Ces calendriers concernent la population générale. En présence de symptômes, d’antécédents personnels ou familiaux, le suivi peut commencer plus tôt ou être différent. Il ne faut donc pas attendre l’âge du dépistage organisé pour consulter lorsqu’un changement apparaît.
Le sommeil et la santé mentale font partie de la prévention
Le sommeil n’est pas un simple indicateur de confort.
Des nuits régulièrement perturbées peuvent affecter l’énergie, l’humeur, la concentration et les habitudes alimentaires. Elles peuvent aussi rendre l’activité physique plus difficile à maintenir.
Pendant la périménopause, les sueurs nocturnes, les bouffées de chaleur, l’anxiété ou les variations hormonales peuvent contribuer à une dégradation du sommeil. Ces symptômes méritent d’être abordés lors d’une consultation lorsqu’ils affectent le quotidien.
La santé mentale fait elle aussi partie de la santé globale. Une anxiété persistante, une perte d’intérêt, une irritabilité inhabituelle ou un sentiment d’épuisement ne doivent pas être minimisés ou automatiquement attribués au stress.
Par où commencer ?
Prendre soin de sa santé ne demande pas de tout transformer en même temps.
Vous pouvez commencer par quelques questions simples :
- Quand ai-je fait mesurer ma tension pour la dernière fois ?
- Mes dépistages sont-ils à jour ?
- Certains symptômes reviennent-ils régulièrement ?
- Mon cycle ou mes règles ont-ils changé ?
- Est-ce que je dors suffisamment et de façon réparatrice ?
- Est-ce que je renforce réellement mes muscles ?
- Quels sont les principaux antécédents médicaux de ma famille ?
- Est-ce que je connais les indicateurs les plus pertinents pour ma santé ?
L’objectif n’est pas de contrôler chaque variation du corps. Il est de disposer des bonnes informations pour reconnaître ce qui change, poser de meilleures questions et agir lorsqu’une action est encore possible.
La prévention commence par une meilleure compréhension de soi
La santé ne se résume pas à être « dans la norme ».
Elle se comprend dans le temps, à travers l’évolution des symptômes, des habitudes, des résultats biologiques et des différentes étapes de vie.
C’est toute l’ambition d’OVEA : proposer une prévention pensée pour les femmes, capable de relier leur histoire, leur biologie et leurs objectifs afin de faire émerger des priorités réellement personnalisées.
Comprendre son corps plus tôt permet de prendre des décisions plus éclairées pour aujourd’hui et pour les années à venir.
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Relu par le comité médical OVEA