La testostérone est l’un des cas les plus nets où la réputation publique d’une hormone empêche de comprendre son propre corps. Classée « masculine », elle reste inexplorée chez la femme — y compris quand c’est précisément elle qui est en déséquilibre.
Un rôle sous-estimé chez la femme
La testostérone est produite naturellement chez la femme, en quantité bien moindre que chez l’homme — environ un quart par les ovaires, un quart par les glandes surrénales, le reste par conversion périphérique. Son rôle le mieux établi concerne le désir sexuel. C’est une hormone normale et nécessaire chez la femme, pas une anomalie à débusquer.
Quand le taux est trop bas
Les taux déclinent progressivement à partir de la mi-trentaine, et chutent brutalement après une ablation des ovaires. Ce que cela implique en pratique est plus étroit qu’on ne le présente souvent. La libido est le terrain où les données sont solides. Elles le sont beaucoup moins ailleurs : les essais de traitement par testostérone chez la femme n’ont montré aucun effet sur le bien-être général, aucun sur l’humeur dépressive, aucun sur la masse maigre ou la force musculaire à douze mois. Il n’existe pas de syndrome de déficit androgénique féminin reconnu, ni de seuil biologique qui le définirait.
Quand le taux est trop élevé
Un excès de testostérone (hyperandrogénie) se manifeste typiquement par de l’acné, une pilosité accrue sur le visage ou le corps, et parfois des cycles irréguliers. Le SMOP (ex-SOPK) est la cause la plus fréquente d’un excès d’androgènes chez la femme, mais d’autres causes plus rares existent et doivent être écartées par un professionnel avant de conclure.
- Ne réduisez pas la testostérone à une hormone « masculine » sans lien avec votre propre équilibre — elle joue un rôle réel chez la femme.
- Si vous cumulez acné, pilosité accrue et cycle irrégulier, mentionnez cette combinaison en consultation, elle oriente vers l’hyperandrogénie.
- Une baisse de libido inexpliquée après 45-50 ans peut avoir une composante hormonale à explorer plutôt qu’à attribuer uniquement au stress ou à la fatigue.
- Ne vous supplémentez jamais en hormones sans encadrement médical, y compris pour des produits présentés comme « naturels ».
Relu par le comité médical OVEA